Heureusement qu’hier soir j’ai revisionné Avatar. Et heureusement que les bons ont gagné. Parce qu’hier midi, en revenant de ma marche quotidienne, je sentais que de vilaines Gorgones* à tête de serpent commençaient à envahir mon espace. En mettant le pied dans la maison, j’ai tout de suite su que ces méchantes sorcières s’étaient tout probablement emparées de ma tête, vautrées dans mes divans, empiffrées de ma nourriture et amusées à modifier leurs allures avec mes nombreux foulards colorés suspendus bien visibles dans le hall d’entrée. Mais au lieu de la peur, c’est un cafard monumental qui s’est immiscé dans mes veines. Une déprime aussi grave que des patates à déjeuner brûlées sur la plaque.
Tout l’après-midi, j’ai tourné en rond comme une lionne en cage. Commençant ceci, délaissant cela. Me sentant inutile, bonne à rien et désœuvrée. M’ennuyant tellement de mes anciennes activités, de mes collègues, de mes enfants, de leurs descendants, de mon magnifique arrière-petit-fils et, le pire à avouer, m’ennuyant de l’importance bidon que je croyais avoir dans le monde avant la pandémie.
Les méchants virus endommageront tout probablement la majorité de nos piédestaux et c’est bien tant mieux pour les fanfarons, les gaspilleurs, les irréfléchis et les imprudents.
Le magnifique film de James Cameron m’a complètement touchée, hier soir. Les Na'vi surdimensionnés du clan Omaticaya peuvent nous sembler irréels au cinéma, mais leurs profondes valeurs font partie d’un idéal planétaire auquel chacun d’entre nous devra se rapprocher davantage.
Bref, ce matin, joyeuse en vous écrivant, je me tricote une nouvelle moi. Un tronc de laine aussi fort et courageux qu’avant avec des dizaines de nouvelles mains pour aider, donner, prendre soin, tisser des liens, cuisiner, dessiner, écrire et applaudir.
Merci d’être avec moi
Je vais bien maintenant
Cora
*Dans la mythologie grecque, les Gorgones sont des créatures malfaisantes. Elles habitent un lieu s’apparentant à l’enfer tel qu’on l’imagine nommé Tartare.
La vigilante marieuse insiste sur la qualité de ses candidats. Quatre hommes de bonnes valeurs, d’âges compatibles avec le mien, instruits, bilingues ou trilingues, un musicien, un homme d’affaires, un grand voyageur et un professeur de philosophie à la retraite.
— « Wow, chère Natasha! Et moi, serai-je à la hauteur? »
— « Ne vous inquiétez pas! Vous êtes encore attirante. Nous avons compilé les réponses des quatre concurrents et nous pensons que chacun d’entre eux pourrait vous ravir. N’ayez crainte, car vous n’aurez que l’embarras du choix. »
— « Quand pourrai-je les rencontrer? »
Les gens paient généralement des assurances pour que rien de fâcheux ne leur arrive. Mais l’amour, le grand, le solide, le magnifique, est-il seulement garanti? Mes petites cornes de femme d’affaires habituées à me faire douter, parlementer, négocier ou monnayer font surgir la question : que vais-je en faire?
— « Oubliez vos cornes et laissez votre petit cœur parler, me répond la marieuse. Chaque femme a le droit de trouver son prince charmant ».
J’avais trouvé le mien à 18 ans. J’en rêvais, tellement il était beau! Jamais, cependant, je n’ai pu lui serrer la pince parce qu’il gagnait sa vie comme acteur au cinéma. En effet, lorsqu’en 1965 le fameux film « Le Docteur Jivago » est arrivé dans les salles de cinéma, la terre entière a découvert la beauté et l’immense talent d’Omar Sharif, le très célèbre comédien qui incarnait le docteur Jivago. J’avais visionné cette histoire d’amour une vingtaine de fois avant même que le vilain ogre charcute mon cœur.
— « Dame Natasha, aidez-moi. Ayant si peu d’expérience des choses de l’amour, comment pourrais-je choisir le meilleur homme pour moi? » J’appris ainsi que je devrais d’abord avoir une conversation téléphonique avec chaque candidat avant que nous décidions de poursuivre.
— « N’oubliez pas d’utiliser votre nom fictif (Claudia) en parlant à chaque candidat! Quelque trente ou quarante minutes suffiront pour un premier contact. »
— « Mais qu’est-ce que je leur raconte? Que je suis une vieillotte inexpérimentée à la recherche d’un prince charmant? Dame Natasha, dites-moi, les hommes sont-ils plus dégourdis, fonceurs, adroits, et entreprenants? »
Peut-on connaître les tréfonds de l’autre lorsqu’on a soi-même mille difficultés à ouvrir son propre cœur? Dix mille sentiers brouillent l’adresse du véritable bonheur. Toute cette aventure vaudra-t-elle son pesant d’or?
Que vend la marieuse, au juste? Même pas une toute petite assurance de succès! Quatre conversations téléphoniques avec quatre voix d’hommes; quatre rencontres en personne garanties si personne ne se désiste. Seul un très long questionnaire d’environ 200 questions nous lie. Où en suis-je avec toutes ces balivernes? Dame Natasha devine mon état d’esprit et me convainc de poursuivre le programme. Dès ce soir, elle me mettra en communication téléphonique avec un premier candidat.
Professeur de philosophie à la retraite, le premier prétendant s’annonce comme un grand sportif à tête rousse pratiquant le ski, le golf, le tennis, le vélo de montagne et l’équitation.
Essoufflée comme je suis rien qu’à écouter son discours, mon cœur tombe du cheval juste à y penser! Mais j’aime la philosophie. J’aime aussi sa belle tête rousse aperçue en photo. Ce premier homme pourra-t-il m’aider à comprendre Martin Heidegger, celui qui, pour moi, s’avère le philosophe le plus influent du XXe siècle?
Natasha me suggère d’accepter une courte rencontre en personne. Un déjeuner, un latté dans une pâtisserie ou une promenade au parc Lafontaine. « Attention, par contre! », me prévient-elle. « Défense de passer toute la journée avec lui ». Les rencontres trop longues peuvent laisser entrevoir trop de choses.
L’homme à tête rousse me suggère un déjeuner au Ritz et je dis OUI! Pourquoi pas? C’est à ce Ritz que je me rendais d’ailleurs jadis chaque mois pour un déjeuner-causerie de femmes d’affaires.
Dans la longue file d’attente, une tête rousse bien garnie attire mon attention. La trouille s’empare de moi. Je le trouve trop beau, trop jeune et le suppose plus intelligent que moi. Cet ancien philosophe connaît certainement par cœur toute la descendance de l’homme de Cro-Magnon.
Je deviens nerveuse. J’ai faim. J’ai tellement hâte de boire mon premier café! Puis le maître d’hôtel me reconnaît et m’invite à m’asseoir à l’une de ses meilleures tables qu’il garde pour ses bons clients. Claudio, le plus vieux serveur du Ritz, m’aborde avec un immense sourire.
J’hésite, je zieute, je cherche la tête rousse. J’avertis le maître d’hôtel que j’attends quelqu’un. L’homme roux me rejoint enfin à la table. Devinera-t-il qui je suis? Il s’assoit, me dévisage et semble se demander s’il me reconnaît de quelque part.
— « Chère dame Cora, lance Claudio, vous ne vieillissez jamais? Ça fait trop longtemps qu’on ne vous a pas vue! Ce midi, je vous propose notre fameuse quiche sans croûte aux champignons, poireau et fromage de chèvre. Qu’en pensez-vous? »
À SUIVRE.
Cora
❤️
Femmes ou hommes esseulés, que cherchons-nous? Une présence, un compagnon, une compagne, peut-être le véritable amour? L’autre qui écoute, l’autre qui attend; une voix qui répond oui, ou peut-être non.
J’ai tellement de difficulté à imaginer une présence constante à mes côtés. Embarrassante ou bénie, l’imagination me manque et peut-être aussi l’expérience. Pour tout dire, je n’ai jamais fréquenté un réel cavalier. Oui, peut-être. Je me rappelle mon bal de finissants. Un joli jeune homme frisé comme un mouton m’avait tendu la main. Mal à l’aise dans mes souliers tout neufs, j’avais osé dire au jeune homme que je ne savais pas danser.
Depuis toujours, je manque de féminité, de grâce, de douceur et de finesse. Peut-être est-ce de ma faute? J’ai été élevée à la dure et je me suis mariée obligée avec le pire des prétendants. Lorsque cet oiseau de malheur s’est finalement enfui dans son lointain pays, j’ai prié pour que le dieu Thor, le fameux dieu du tonnerre, m’empoigne et me secoue jusqu’à ce que j’apprenne à gouverner ma vie. Je suis devenue une femme d’affaires intéressante et florissante, mais je n’ai jamais réellement pris de temps pour moi.
Natasha la marieuse, une belle jeune femme dont la passion est de rendre le plus de gens heureux et bien accompagnés, adore son travail et toutes les facettes du jumelage d’amoureux potentiels. Elle agira avec moi à titre de coach pour désamorcer mes craintes, mes interrogations et les petits désespoirs qui ne dureront qu’un moment, me laisse-t-elle croire.
Par un matin d’octobre frisquet, persévérante et optimiste, j’enfile mon latté au café du village. Ne faut-il pas assez le vouloir pour s’engager à traverser à la nage une rivière bourrée de requins? Il faut du moins le vouloir assez pour remplir candidement un très, très long questionnaire qui deviendra « mon profil ». Ce profil doit rester démuni de poésie, de vaillants adjectifs et de détails embellissants. Est-ce que je me connais suffisamment pour mener à bon port ce périlleux devoir? Vaille que vaille, je ne serai ni trop sévère avec moi-même ni trop pessimiste face aux griffures de l’âge.
« Tout le monde vieillit », me rassure la gentille Natasha.
Tout ce que je désire, c’est de rencontrer un homme bon, gentil et poète à ses heures. Ne sait-on jamais, mes lignes, ses lignes, comme des notes de musique, pourraient s’harmoniser ensemble. Je me connais si peu. Je suis telle une chaîne de petits volcans qui allument des feux, et celle qui, bien souvent, les éteint en désespoir de cause.
Comme dirait la Française Laure Adler avec ses lunettes de soleil en forme de cœur : « l’âge, cette épouvantable cinquième saison » bousille, disloque et sabote notre tranquillité. Que peut-on espérer lorsqu’il n’y a que la fin à se souhaiter?
Pourtant, j’attends paisiblement qu’une main brune, rose ou noire s’accroche à mon bras. Ce long questionnaire m’apprendra-t-il quelque chose à mon sujet? Où est-il, cet être tant souhaité? Cette âme sœur que j’attends depuis si longtemps? Verra-t-elle quelques branches de sapin dans mes yeux verts? Aimera-t-elle mon allure mi-figue, mi-raisin?
En ce matin d’octobre 2021, l’homme de mes rêves lit peut-être son journal dans un aéroport. Ou il taquine les dernières petites truites de l’été au bout d’un quai. Cette chère Natasha me garantit de bons candidats, quatre profils compatibles avec les 200 questions auxquelles j’ai moi-même répondu.
L’homme, le vrai, le bon pour moi, c’est tout probablement un personnage de roman que je n’ai pas encore écrit.
À SUIVRE.
Cora
❤️
En septembre 2021, j’ai finalement décidé de passer à l’action. J’ai appelé la fameuse agence de rencontres pour prendre un rendez-vous avec une certaine dame Natasha qu’une bonne copine m’avait chaudement recommandée. J’ai voulu décommander dix fois au moins, mais, courageuse et résolue, j’ai tenu bon. Dame Natasha allait me réserver deux grosses heures pour remplir toutes les formalités nécessaires. C’est donc ainsi que, le jeudi 30 septembre, endimanchée d’un bel ensemble rose-Kennedy, j’allais devoir me faire photographier sous tous mes meilleurs angles.
Avais-je autant envie d’être en amour? Je me sentais surtout mal à l’aise dans mes petits souliers et je voulais juste foutre le camp. Que ferais-je d’un homme? Même d’un oiseau rare. Corneille ou pinson, m’apprendrait-il à chanter? Je cherche un écrivain pour affiner mes mots, un explorateur à tête blanche ou un professeur de philosophie. Que m’importe, je veux juste qu’il soit bienveillant, gentil et attentionné.
Natasha la marieuse est une femme extrêmement gentille et connaissante en matière de jumelage amoureux. Je n’ose pas lui demander si elle-même est mariée et heureuse. Dès notre deuxième rencontre, nous jasons de tout et de rien comme deux bonnes copines : de quelques anciens flirts galants, de mon affreux mari et de quelques hommes valeureux que je n’ai jamais pris le temps d’aimer. Après m’être enfuie d’un douloureux mariage, je croyais ne plus jamais penser à aimer.
– « Qu’avez-vous donc fait, Claudia? », me demande Natasha la marieuse. Claudia est le prénom fictif qui m’a été donné pour préserver mon anonymat. C’est une règle de l’agence pour toutes les clientes qui souhaite opérer dans la plus grande confidentialité. Je lui demande si les hommes font de même et elle m’apprend que oui, jusqu’à ce qu’un « match » s’avère solide.
– « J’ai éventuellement ouvert un petit commerce de restauration matinale qui a très bien réussi et qui, franchement, est rapidement devenue une grande chaîne de restauration. »
– « Je sais qui vous êtes! Mais continuons avec votre nom d’emprunt au bénéfice de la cause qui, aujourd’hui, nous tient à cœur. Vous méritez certainement quelques années de bonheur avec un réel prince charmant! »
– « Encore faudra-t-il le trouver! »
La gentille marieuse m’explique en détail les trois étapes simples pour rencontrer un véritable prince charmant.
Primo : s’inscrire à un des forfaits de l’agence.
Deusio : définir le profil de l’oiseau rare dont je rêve.
Tertio : donner mon accord pour rencontrer des candidats sélectionnés selon mes désirs.
Étant moi-même plus mûre que les fraises en automne, mes mains, mon visage et mes bras, tout ce qui se voit à l’œil nu, ont l’air un tantinet maganés. Je m’aime pourtant. J’aime la couleur et j’aime surtout la porter. Choisir ma vêture chaque aurore stimule l’artiste que je suis.
– « Le rose vous va tellement bien!, me dit la marieuse. Vos photos attireront nos meilleurs candidats. »
– « Vous allez publier mes photos? », lui demandai-je, un peu surprise.
Un court instant, j’essaie d’imaginer la bouille de cet homme de mes rêves. Je rêve d’une grosse chevelure, blanche soit-elle, des yeux bleu-vert comme la mer, de grandes mains pour donner et un cœur d’or que tout le monde aimerait posséder. Peut-être verrais-je de loin sa jolie chemise à carreaux rouge et noir? M’approcherai-je de trop près pour voir les poils foncés dans ses oreilles? Comme lorsque j’étais toute petite et que je grimpais sur les épaules de mon papa pour tirer quelques poils de ses oreilles.
Que l’homme vieux arrive en toge de roi ou en chemisette de berger, j’accueillerai son visage d’ange et sa voix parfaite. Mais il devra sourire, car c’est ainsi que j’entrerai dans son cœur.
Dans ce vaste monde, à ce que disent les statistiques, 60 % des femmes chercheraient un homme, le bon, le magnifique, et seulement 40 % des hommes chercheraient une perle rare.
Et les vieillottes, chère Natasha, quelle chance ont-elles? Dégarnies de leurs attraits, l’espoir s’avère-t-il suffisant en plus du vouloir?
À SUIVRE.
Cora
❤️
J’écris ce matin pour apaiser tous ces tourbillons d’idées qui tambourinent dans ma caboche. Je cherche un nouveau mot, un verbe créateur, une glissade d’idées qui s’allonge, s’étire et risque peut-être de ne vouloir rien dire.
Mon cœur bringuebalant tremblote et palpite. L’amour, le vrai et le grand, me provoque encore avec de petites taquineries galantes. Oui, oui! Ce nouvel ami qui, dernièrement, s’est immiscé dans notre groupe de vieux est tellement beau et gentil qu’un vif sentiment me pousse à chercher à m’asseoir tout près de lui. Quelle fofolle je suis! Quelle étrange aventure que de vouloir aimer! Depuis toujours, je traîne l’immense mot « AMOUR » caché dans mon vieux cœur dont j’ai tout probablement perdu la clé.
Ma chanceuse copine Gisèle a pourtant trouvé l’amour et la beauté chez un solide vieillard. Six pieds deux pouces, les yeux bleus. Comme je les envie tous les deux. Ancien homme d’affaires, globe-trotteur et collectionneur d’œuvres d’art, l’homme nommé Jérôme a passé tout le temps des Fêtes avec ma copine plus gentille que la gentillesse elle-même.
Certes, ils m’ont invitée entre Noël et le Jour de l’An, mais j’ai prétexté cinq jours à Québec déjà réservés pour laisser les amoureux en couple au lieu de jouer la cinquième roue du carrosse. Ce petit mensonge blanc aurait-il sauvé mon honneur? En tout cas, il ne m’a pas épargné des larmes, car j’ai braillé comme une Madeleine toute seule en pyjama au pied du sapin avec quelques réconfortantes tartines de caramel dans un joli cabaret de Noël.
Comme l’amie Gisèle m’avait aussi envoyé une belle boîte de délicieux sucre à la crème, le lendemain matin je me suis renippée et empressée de les partager au café avec mon groupe d’amis et le nouvel arrivé. Ce dernier me prodigua un sourire aussi éclatant qu’un message publicitaire à la télé.
Marié avec sa tendre Carole, mon deuxième voisin, dans la soixantaine avancée, me racontait l’autre jour que des vieillards défraîchis trouvent l’amour et souvent une bague au doigt. Ces fringants audacieux s’endimanchent, se peignent, se parfument et sortent danser. Ils arrivent, ils zieutent l’endroit et tendent la main aux plus belles dames présentes sur le plancher de danse. Moi qui n’ai jamais valsé ni même jamais plus essayé de danser après que le plancher de danse ait servi de lieu damné de rencontre avec le mari, je n’ai que des mots alignés pour me consoler; ceux que j’écris et ceux que les plus grands auteurs me servent sur des plateaux d’argent.
Ces jours-ci, cependant, j’ai vraiment besoin que quelque chose ou quelqu’un m’électrise, m’excite et m’enflamme. Ce nouvel ami serait-il célibataire? Je l’espionne, je le guette; j’attrape vite un torticolis à force de me cacher pour l’observer.
Un peu avant la fin de la pandémie, je m’étais inscrite à un genre de cours de sagesse en ligne donné par une vénérable institution. Vous en ai-je déjà parlé? Tous les dimanches avant-midi, pendant trois heures, j’écoutais sur mon iPad les précieux conseils des experts, puis je devais effectuer un devoir et le soumettre. Je devais aussi déterminer un robuste objectif à atteindre. Croyez-le ou non, je n’ai pas choisi d’escalader le mont Kilimandjaro, mais quelque chose de presque aussi insurmontable!
Après quelques recommandations d’amies proches, j’ai plutôt décidé de m’inscrire à la « meilleure » agence de rencontres en ville! Il me fallut tellement de courage pour oser vaincre mes peurs! Après tout, j’étais une femme mature, active, quasi indisponible et peut-être un peu trop facilement reconnaissable.
Serais-je trop vieille pour taquiner l’amour?
À SUIVRE.
Cora
❤️
Vous souvenez-vous de cette gentille journaliste qui m’a interrogée à quelques reprises dans le passé? Elle m’invite encore à répondre à ses audacieuses questions. À ce que j’ai compris de son propos, la jeune femme écrit actuellement un livre sur la vie des femmes de plus de 50 ans célibataires, indépendantes et qui profitent bien de la vie. Comme d’habitude, je suppose que la jeune journaliste n’hésitera pas à décortiquer ma surprenante vie.
— « Chère Cora, puis-je d’abord vous remercier d’avoir accepté de participer à mon projet? »
— « J’ai très souvent eu l’occasion d’aider, d’écouter, de conseiller et même d’être un attentif mentor pour certaines jeunes femmes durant ma vie de femme d’affaires. Aujourd’hui, je m’enorgueillis de pouvoir participer à votre projet stimulant! Vieillotte aguerrie, je ne suis plus sous les feux de la rampe, mais ma vaillante plume s’immisce encore dans des milliers de cœurs bien intentionnés. »
— Cherchez-vous encore un prince charmant? »
— « Charmante dame Isabel! Cet homme de mes rêves, je l’ai cent fois imaginé et je le connais par cœur. Ses yeux bleu-vert dans lesquels je me noie, son front sur lequel j’écris mon nom, ses joues chaudes qui me réchauffent, sa voix qui m’appelle, son cœur qui m’ensorcelle. Dans ses bras, si je le pouvais, je m’endormirais pour toujours. »
— « Tout le monde le sait, vous vous êtes mariée avec le mauvais gars. N’avez-vous jamais eu envie de donner sa chance à quelqu’un de mieux? »
— « À cinquante ans, un honnête homme m’a passé la bague au doigt, mais ça n’a pas duré. J’étais déjà, à cette époque, une femme d’affaires galopant sur l’autoroute du succès. Pourquoi me suis-je mariée? Je l’ignore encore. Je visais la conquête de tout un grand pays et je n’avais pas le temps de jouer à pitou et à minou. Voilà pourquoi l’époux à tête blanche a décidé de retourner dans sa Bretagne natale, comme l’aurait fait l’aigle Pygargue à queue blanche avec une certaine moue. »
— « Wow, c’est toute une révélation que vous venez de me faire! Moi qui pensais bien vous connaître, je comprends que vous cachez encore plusieurs secrets dans votre besace à souvenirs! Pour l’instant, continuons notre propos. »
— « Cora, vous considérez-vous comme une femme puissante? »
— « L’ai-je déjà été? Je suis totalement incapable de tuer une fourmi, une souris ou même un petit maringouin. Je me considère beaucoup plus comme une artiste, une créatrice, et peut-être, par ricochet, une sérieuse femme d’affaires qui a osé se cogner le nez sur le fameux plafond de verre. J’ai dû assumer ma singularité, mes talents et mes croyances. Je n’essayais jamais de rivaliser avec les hommes et je n’avais pas peur de dire oui ou non lorsque j’étais convaincue. J’ai pris des risques calculés et je me suis toujours documentée avant d’agir. Encore aujourd’hui, j’ai le non et le oui aussi solide qu’un lingot d’or et je continue sans cesse à me renseigner sur tous les sujets qui me passionnent. Il n’en demeure pas moins que ma curiosité se révèle ma plus grande puissance! »
— « Madame Cora, diriez-vous que vous vivez dans l’aisance? »
— « Certes, je suis de celles qui ont dû rapidement apprendre à compter. Moi qui ai tellement manqué d’amour, d’affection et de tendresse, peut-être la vie a-t-elle voulu que je réussisse en affaires à titre de consolation. Je n’ai jamais été une personne extravagante, dépensière, ou irréfléchie. J’ai économisé, un peu à outrance, je l’avoue, pour l’avenir de mes petits et pour les causes qui me tiennent à cœur. Je me considère riche d’expérience, de créativité et de détermination. Tout ce que j’ambitionne d’accomplir, je le pratique jusqu’à ce que je réussisse à le faire. »
— « Parlez-moi un peu de votre cercle d’amis. »
— « Avec plaisir! J’ai sept ou huit bons amis. Je pense d’ailleurs que notre groupe de vieux s’avère une réelle bénédiction du ciel. Presque chaque matin vers 7 heures, nous prenons ensemble notre premier café de la journée. Nous jasons, nous nous racontons tout ce qui nous arrive, tout ce dont nous rêvons et tout ce dont nous avons un peu peur. Oui, oui! Nous échangeons sur des sujets aussi variés que nos bobos, nos peurs, nos rendez-vous chez le toubib et quelques rares désirs à assouvir avant de nous envoler. J’ai aussi la chance de pouvoir compter sur des professionnels qui ont croisé ma route et avec qui je me suis liée d’amitié, comme vous, chère dame Isabel! »
— « C’est un honneur pour moi de savoir que vous me considérez comme une amie. Merci pour votre confiance. Cora, le temps file comme un éclair et, très bientôt, vous atteindrez l’âge de 80 ans. Est-ce que vous aimeriez qu’on vous organise une grande fête? »
— « Attendez plutôt que j’aie 100 ans, comme Jeannette Bertrand, car j’espère m’y rendre. Je roule encore ma bosse, je cuisine, je tricote, j’écris à outrance et je lis chaque jour une centaine de pages des meilleurs auteurs. Je bois deux grands cafés chaque matin en compagnie de mes amis. Comme vous le savez, j’ai travaillé dans une cuisine d’innombrables matins jusqu’en après-midi, alors ça surprend toujours lorsque je dis que moi, la reine du déjeuner, je ne déjeune jamais! L’appétit me vient vers 14 h. Je mange très peu de viande. En bonne Gaspésienne, je préfère encore le poisson pour mon repas du midi. Quant au soir, depuis quelques années, je me contente de fruits frais, de yogourt, de dattes, de noix et de céréales… sauf si on me propose une sortie au restaurant! S’il m’arrivait qu’un beau mâle me tende la main, je pourrais aussi sans vergogne lui mordre un doigt.
Cora
❤️
Le chiffre 7 a toujours exercé une fascination particulière sur l’humanité, transcendant les cultures et les époques. Le saviez-vous? Sa signification spirituelle profonde résonne comme une mélodie cosmique invitant chacun d’entre nous à explorer les mystères de l’existence.
Ce chiffre 7 se retrouve un peu partout dans la nature : 7 océans, 7 continents, et 7 couleurs de l’arc-en-ciel. De plus, la plupart des mammifères ont 7 vertèbres cervicales. Le 7 s’immisce souvent dans les contes de fées. Barbe-Bleue a 7 épouses et Blanche-Neige rencontre 7 nains et habite avec eux. Dans les contes de Grimm, un vaillant petit tailleur tue 7 mouches d’un coup et les bottes de l’ogre qui pourchasse le Petit Poucet, d’ailleurs âgé de 7 ans, peuvent parcourir 7 lieues sans forcer.
Il s’avère aussi un choix très populaire dans le monde des jeux d’argent. À ce qu’il paraît, les machines à sous offrent un gros prix quand on obtient trois 7. De nombreux sondages ont d’ailleurs déterminé que le chiffre 7 était le chiffre porte-bonheur le plus répandu dans le monde.
On retient facilement le chiffre 7 car il concorde avec les capacités humaines de mémoire et de concentration. Généralement, le cerveau n’arrive à emmagasiner que 7 informations différentes à la fois dans sa mémoire à court terme.
Le chiffre 7 apparaît dans les religions du monde entier. Il orchestre les systèmes de croyances. Il y a 7 dieux japonais du bonheur et 7 péchés mortels dans la bible. La menora hébraïque comporte 7 branches et la première sourate du Coran, 7 versets.
Le chiffre 7 est mathématiquement attrayant. Il s’agit à la fois d’un chiffre impair et d’un nombre primaire; ce qui veut dire qu’il ne peut être divisé que par 1 ou par lui-même. Il n’existe pas deux nombres identiques qui s’additionnent pour donner un 7. Bien sûr, ces caractéristiques intéressantes s’appliquent aussi à d’autres nombres impairs et primaires.
Le chiffre 7 occupe aussi une place importante en astrologie, souvent associé à la transformation spirituelle et à l’éveil de la conscience. Il symbolise le passage d’un état à un autre. Il existe 7 planètes classiques, c’est-à-dire des objets astronomiques mouvants et visibles à l’œil nu. La lune, le soleil, Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne.
Le chiffre sept a marqué deux jours importants dans ma vie : je suis née le 27 mai 1947 et j’ai ouvert mon premier restaurant Cora quarante ans plus tard, précisément le 27 mai 1987.
Peut-être connaissez-vous l’illustre Rudolf Steiner, ce philosophe autrichien qui inventa une théorie du développement humain fondée sur 7 cycles de 7 ans? D’après Steiner, tous ces cycles de 7 ans, c’est-à-dire 0-7 ans, 7-14 ans, 14-21 ans, 21-28 ans, etc., jusqu’à 42 ans et plus, forment ensemble une sorte de « carte routière de la vie d’un individu ». Chaque cycle compte pour une étape du développement d’une personne. Ayant aujourd’hui 77 ans et quelques poussières, j’accumule déjà, selon Rudolf Steiner, onze cycles de sept ans dûment vécus, soit 4 de plus que sa théorie. Avec mes onze cycles de 7 ans, aurai-je assez bourlingué? Que me reste-t-il donc à espérer?
En 2022, les données de Statistiques Canada ont montré que notre pays comptait près de 13 500 centenaires, soit une augmentation de 48 % par rapport à 2018. Au cours des 25 prochaines années, les calculs statistiques prévoient que la population âgée de 85 ans et plus pourrait tripler pour atteindre près de 2,5 millions de personnes et plus de la moitié d’entre elles seront des femmes qui, statistiquement, vivent encore plus longtemps que les hommes. OUF!
Aujourd’hui je vois ma vie tel un immense gâteau. Mais combien de morceaux dégusterai-je encore? Combien d’autres cycles de 7 ans ajouterai-je à mon parcours? Si je survis à quatre autres, j’aurai alors 105 ans! Youpi!
Cora
❤️
L’autre matin, au café du village, les amis salivaient juste à penser au fameux pâté chinois que le grand Claude décrivait et dont il s’ennuyait d’en manger. Jadis, clamait-il, sa tendre Roselle lui en préparait chaque lundi dans un immense plat de cuisson pour bien commencer la semaine, et pour qu’il en reste jusqu’au mercredi. Avec du ketchup vert et du rouge fait maison, Claude s’empiffrait et en redemandait tellement le pâté sorti du four embaumait leur petite cuisine. La recette était simple : bœuf haché, maïs en grains et pommes de terre en purée dans lesquelles Roselle mettait une grosse cuillérée de margarine. Lorsque la minuterie du four sonnait, Roselle enfilait ses mitaines en fibres d’amiante, ouvrait la porte du four et sortait le plat fumant. Pourquoi diable nomme-t-on cette énième merveille du monde « UN PÂTÉ CHINOIS »?
Très cher Claude, toi qui en as tellement mangé, connais-tu au moins l’origine de ce mets? Même moi, qui mangeais de la morue cinq à six fois par semaine en Gaspésie, je me souviens du pâté chinois dominical comme d’un repas de gala. Oui, oui! Lorsque mon père sortait son petit hachoir à viande en acier inoxydable et qu’il l’installait sur un coin de la table en bois de la cuisine, mes sœurs et moi anticipions la fête du blé d’Inde. Ma mémoire défaille, je ne me souviens plus si nous avions du ketchup rouge en bouteille à cette époque.
J’ai entendu un nombre incalculable de versions au sujet de l’origine du fameux pâté chinois. Certes, je trouve quelques-unes d’entre elles plus vraisemblables que d’autres. Par exemple, il y a très longtemps, pour aider à la construction du chemin de fer dans l’Ouest canadien, les autorités canadiennes auraient fait appel à des Orientaux qui débarquaient ici en grand nombre. Il s’agissait à l’époque du « cheap labour », de la main-d’œuvre bon marché. Ces cuisiniers immigrants, chargés de nourrir les ouvriers, auraient ajouté le maïs au mélange de viande et de pommes de terre, puisqu’il était peu coûteux et disponible en grande quantité. Bien que je trouve cette version plausible, elle s’avère lourdement critiquée.
À ce que disent d’autres sources, peut-être qu’un véritable Français de France, fraîchement débarqué au pays, aurait tout simplement décidé de préparer un hachis parmentier en y ajoutant, pour y donner de la « couleur locale », du blé d’Inde à vache trouvé sur son chemin.
En grande curieuse que je suis, j’ai demandé son avis à l’ami Google. Le « China pie » serait originaire de la ville de China, dans l’état du Maine au sud de la frontière où de nombreux Québécois avaient émigré. En revenant au Québec, le nom aurait été traduit simplement par « pâté chinois ». La recette, rassasiante et économique, était simple à reproduire et elle est devenue un classique de la cuisine québécoise.
Comme tous les chemins mènent à Rome, je pourrais presque affirmer que toutes les recettes de pâté chinois se valent et s’égalisent en saveurs. Je me souviens qu’à mes débuts comme cuisinière de casse-croûte, la folle du logis dans ma tête expérimentait plusieurs variantes afin de surprendre et réjouir mes fidèles clients. Je mettais du veau au lieu du bœuf ou je mêlais les deux; quelquefois, je passais un restant de porc à cretons. Puis, à d’autres moments, j’ajoutais deux ou trois patates douces dans ma purée de pommes de terre juste pour impressionner la galerie. Il m’arrivait aussi de mélanger le maïs en grains avec des petits pois verts.
À ma façon, dans un solide chaudron, je fais sauter un beau gros oignon coupé en dés dans de l’huile chaude. J’ajoute ensuite environ deux livres de bœuf ou de veau et je laisse cuire jusqu’à la réduction complète du jus de cuisson et jusqu’à ce que la viande colle un tantinet au fond. Puis, j’y mélange deux cuillères à soupe de sauce HP et un peu de thym séché. Je retire la viande du feu et la verse dans un plat de cuisson assez profond. J’étends ensuite une boîte de 12 onces de maïs en crème et la même quantité de maïs en grains sur la viande. Depuis quelques années, j’utilise le maïs congelé qui me semble plus ferme, même décongelé. Je réduis sept à huit grosses pommes de terre en purée pour recouvrir tout le maïs. Je parsème finement du sel et du poivre et quelques noix de beurre.
Mise en garde :
Lorsque les pommes de terre sont cuites, retirez l’eau et laissez-les sur le feu quelques instants pour qu’elles sèchent un peu en prenant soin qu’elles ne collent pas. Attention aux grumeaux en les pilant. Je ne l’ai jamais fait, mais vous pourriez aussi ajouter trois jaunes d’œufs à la purée pour une meilleure consistance.
Très chers lecteurs, les gros mois d’hiver sont arrivés à pas de géants. Profitez-en pour vous réchauffer en cuisinant un bon pâté chinois.
Cora
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L’autre soir, je feuilletais le magazine LIRE de novembre et je suis tombée sur l’article consacré à l’atelier d’écriture du célèbre Éric-Emmanuel Schmitt. L’auteur décrivait trois sortes d’écrivains : celui dont le cerveau devance la plume, celui dont le cerveau chemine à la même allure que la plume et celui dont la plume précède le cerveau.
Quelle sorte de scribouilleuse pourrais-je bien être? Souvent, je m’endors avec une idée fabuleuse que je bichonne, que je pomponne, et que je garde avec insistance pour le lendemain. S’il pleut en ouvrant mes yeux, mon idée a de grandes chances de s’être noyée.
Comme je ne suis pas une écrivaine de métier, mes doigts volettent et virevoltent dans tous les sens; ils grappillent d’instinct quelques jolis mots, quelques belles phrases, ou raturent tout simplement un paragraphe. Quel est donc cet appétit d’écrire qui toujours me tourmente, tels un rêve éveillé, une immense faim, de fraternelles agapes à partager? J’ignore encore la suite de mon destin. En tout temps, une nébuleuse d’intentions, de chimères et de désirs macère dans mes entrailles. Dans ma caboche, dans mon cœur et dans chaque doigt qui caresse le clavier, je m’efforce d’être à la hauteur.
Confusément, ma plume avance à pas de tortue, mais elle ne recule jamais. Un sujet, un beau verbe et quelques adjectifs exclamatifs suffisent à créer une ébauche vivante. Aurais-je besoin d’un expert pour évaluer la cohérence de mon propos? Je dors, je rêve, j’écris et les pages entre elles s’amoncellent. L’embryon s’étire, grossit et s’apprête à me dire quelque chose. Point d’exclamation, point-virgule, et point à la ligne. Écrire consiste à accoucher d’une histoire.
Dans le vide interstellaire de ma caboche, j’accueille ce début d’existence telle une mère qui découvre la binette de son enfant au moment de la délivrance. Ma table de travail devient un lit de naissance, une longue page noircie que je relis et déplie, et pour laquelle je prie.
Chez d’autres grands auteurs, le cerveau chemine à la même allure que la plume. Composition et rédaction avancent main dans la main, se mesurant et se fortifiant mutuellement jour après jour. Ce n’est certes pas encore mon cas, mais j’espère. Chaque matin, mon désir d’apprendre à écrire gonfle comme une montgolfière.
Enfin, selon l’expert, il y a ceux dont l’écriture précède le cerveau. Ceux-ci essaient des mots, voient surgir des formules ou des phrases rugissantes, des consonnes et des voyelles qui se chicanent entre elles. Ma caboche se révèle-t-elle encore suffisamment prompte, souple et agile pour embellir mes propos? Toutes ces années à mariner dans de multiples univers pour gagner ma vie ont envahi mon cerveau! C’est sans doute pourquoi je ne peux même plus me souvenir des magnifiques poèmes qui enorgueillissaient mes écrits de jeune érudite. Aujourd’hui, j’essaie d’en rire, je tente d’écrire, je hurle, je fabule. Une à une, je calcule chacune de mes virgules.
D’où me vient cet entêtement à continuellement vouloir réinventer mon quotidien? Ne suis-je jamais satisfaite? J’ai souvenir d’une citation d’un auteur que j’adore, mais récemment décédé (Paul Auster, 1947-2024) : « Les bonnes choses n’arrivent que lorsqu’on renonce à les espérer; à l’inverse, trop espérer les empêche de se produire ».
Un autre éminent maître (Thomas Bernhard, 1931-1989) me conforte. Il m’explique qu’écrire, ce n’est pas compliqué. Il suffit d’incliner la tête sur le papier et de laisser tomber tout ce qu’il y a dedans.
« Oser l’écriture, c’est comme attraper un train en mouvement sans être certain de sa destination. Et pourtant, l’aventure en vaut la peine; je l’expérimente chaque jour. Que vous passiez dans un long tunnel, sur un pont suspendu entre deux volcans ou dans une prairie tapissée de coquelicots, vous réaliserez tout doucement que votre esprit ouvre des fenêtres, défonce des portes et apprend à extérioriser le meilleur de vous-même ». Il s’agit d’un extrait de mon plus récent livre intitulé L’ORDINAIRE ENDIMANCHÉ, publié en 2023 aux éditions LIBRE EXPRESSION.
Cora
❤️
Après la parution de la lettre du dimanche 24 novembre dernier, dame Carmen Jobin, une fidèle lectrice me rappelle qu’il est peut-être temps de revisiter ma « bucket list » (liste de vie). Je vous en avais glissé un mot au mois d’août dernier dans ma lettre titrée « Avant d’éteindre mon cœur », mais c’est avec grand plaisir que j’accepte de vous en parler une autre fois. Merci tellement, chère Carmen! C’est certainement l’occasion, peut-être la dernière, de fouiller ma caboche à la recherche d’excitation tranquille!
Ma tête carbure à plein régime, mais ce sont souvent mes foutues rotules qui m’empêchent d’avancer. Tout l’automne et tout l’hiver, je porte de jolis chaussons tricotés en vraie laine. Jadis, je les tricotais, mais aujourd’hui, je préfère économiser mes précieux doigts pour taper sur l’iPad. Dernièrement, surtout lorsque je regarde la télé, je constate que mes vaillants orteils ont tendance à grimper les uns sur les autres. J’écris installée à ma grande table de cuisine, devant moi, un mince filet de fumée sort du four. Aurais-je oublié la pizza qui décongèle? Dix fois par jour, j’égare mes lunettes de lecture. Suis-je allée à la boîte aux lettres cette semaine? Un jour sur deux, j’oublie d’avaler mes vitamines. J’aurais donc dû ne pas le dire à voix haute. Tous ces petits trous de mémoire s’empilent et ma charmante fille s’en inquiète. On dirait vraiment que seuls mes doigts sont encore les plus vaillants soldats de toute ma charpente. Debout, au garde-à-vous ou cachés entre les lignes, ils ont toujours de belles choses à raconter.
Bref, dame Carmen, en véritable vieillotte que je suis, ai-je vraiment envie de revisiter ma liste de vie? Peut-être devrais-je oublier mes bobos et envisager quelques petits voyages en automobile, moi qui aime tellement conduire. Pour sûr, je voudrais encore faire une ou deux fois le tour de ma Gaspésie natale. Voir les baleines, jaser avec les goélands et surtout emplir ma tête de nouveaux souvenirs.
J’envisage aussi d’aller visiter nos deux restos Cora sur l’île de Terre-Neuve. Je pourrais y demeurer quelques jours pour prendre le temps de ratisser la grande île, le parc national du Gros-Morne et Bonavista, ce petit village de pêcheurs et sa collection de maisonnettes colorées éparpillées sur les côtes rocheuses. Sans oublier le phare du cap Spear et les fameuses baleines à bosse que je n’ai encore jamais vues.
Pourquoi ne pas retourner à Boston, revoir le Quincy Market, l’Aquarium de Nouvelle-Angleterre, Cambridge et la fameuse Université Harvard où l’on m’a jadis invitée à prononcer une belle conférence? Plus jeune, je rêvais d’aller en Islande où résident mes auteurs favoris. Avant-hier, je me suis même renseignée sur la manière de m’y rendre, mais j’hésite. Je pèse le pour et le contre. Je ne sais plus sur quel pied danser. Pendant tellement d’années, j’ai occupé la position de celle qui donnait les directives. Que m’arrive-t-il? Ma tête élabore une escapade et mon petit cœur savoure la chair jaune d’une mangue.
Chère dame Carmen, peut-être pourrais-je oublier ma liste et réfléchir à ce qui me plaît encore? Dans cette maison que j’aime et qui ressemble à une véritable bibliothèque, il y a trois divans dans lesquels, tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre, je disparais au profit d’une histoire enlevante. Je bénis tous les arbres qui m’entourent et j’affectionne aussi, en été, les plants de lupins et leurs couleurs spectaculaires. J’en transplante un peu partout autour de mes deux galeries, comme si j’habitais dans leur propre paradis, sur l’île du Prince-Édouard.
J’aime aussi chacune des saisons que je trouve aussi belles que des tableaux de grands maîtres. J’apprécie sincèrement les corneilles, mes meilleures amies qui piaillent, qui crient, et qui ont toujours l’air de prendre bien soin de moi. J’aime tellement le langage de la poésie et surtout les brefs poèmes qu’on appelle haïku. Des soirées durant, je calcule chaque ligne, chaque mot et ma tête s’apaise.
Des quelques pays que j’ai eu le bonheur de visiter, j’ai certainement préféré l’Italie (2004), Rome et ma visite au Vatican où j’ai pu admirer de près l’œuvre de Michel-Ange au plafond de la chapelle Sixtine. Jamais je n’oublierai cette œuvre d’art, et plus précisément le doigt de Dieu qui touche le doigt de l’homme, telle une connexion divine représentant « la création d’Adam ». Quelques années plus tard, j’ai eu la chance de trouver, à bas prix, une sublime reproduction que j’ai depuis à la tête de mon lit, dans ma chambre à coucher.
En Norvège (juin 2006), j’ai dû m’acheter un gros sac en tissu pour rapporter la fameuse laine pure du pays que j’avais achetée en grande quantité. Cet hiver-là, j’ai tricoté pour tout le monde des foulards et des mitaines de couleurs assorties. Plus tard, j’ai aussi marché quelques kilomètres sur la grande muraille de Chine, cette fortification de quelque 9000 kilomètres dont la construction a débuté vers 220 av. J.-C. sous la dynastie Qin. J’ai aussi visité le Japon au printemps alors que tous les cerisiers revêtaient leurs manteaux de fleurs. Ce pays m’est alors apparu comme le plus beau au monde.
J’ai visité tellement de pays. Où irai-je demain?
Au cinéma, j’y vais souvent. À un spectacle, rarement. Lorsqu’il m’arrive de me sentir un tantinet morose, j’implore ma mémoire et elle m’offre chaque fois une belle assiettée de bons souvenirs.
Cora
❤️
Caramel, caramel, tu m’ensorcelles! Je ne suis certes pas de type sucré, mais malheur à moi, j’adore le caramel. La vérité, c’est que j’ai longtemps considéré le caramel comme un rare élixir, un délice hors du commun, un peu comme le chocolat de Geneviève Grandbois au Québec ou le célèbre baba au rhum. Une spécialité tellement extraordinaire que je n’aurais jamais osé tenter d’en concocter moi-même.
En 2020, confinement oblige, j’ai redécouvert les vertus du bricolage et de la créativité. J’ai constaté que le fait de me concentrer sur une matière pour l’aider à naître ou pour l’améliorer me donnait une grande satisfaction et que le travail manuel apaisait mon mental et réjouissait mon cœur. Lorsqu’on se sert de ses mains, il n’y a pas que le plaisir de fabriquer quelque chose; il y a aussi la joie de contempler la chose créée. Qu’il s’agisse d’une bonne tarte aux framboises, d’un joli masque en tissu, d’une platée de sucre à la crème, d’un dessin magnifique ou d’une couronne de fleurs pour nos cheveux, le bonheur est le même. Comme si bricoler ou confectionner nous emplissait d’hormones de bien-être!
Je vous assure, toutes ces heures de joyeuse concentration créative m’ont tellement enthousiasmée! Pour me changer les idées pendant cette période d’isolement, j’ai transplanté des tiges de céleri pour en faire pousser des frais, dessiné des hiboux, embelli la maison, enfilé des perles sur du fil pour en faire de jolis bijoux, écrit des lettres et, surtout, j’ai essayé de nouvelles recettes. En feuilletant un vieux magazine de cuisine qui parlait de caramel, j’ai gonflé le torse et me suis convaincue que j’allais être capable de faire du caramel! J’ai alors cherché une recette dans plusieurs livres de cuisine pour découvrir qu’il y en existait beaucoup et qu’aucune d’entre elles n’était exactement pareille.
Certaines disaient d’ajouter du sirop de maïs au sucre blanc avec quelques gouttes de jus de citron, d’autres d’utiliser de la cassonade au lieu du sucre blanc, et d’autres encore d’ajouter au sucre de l’eau et de la crème, puis du beurre à la fin. Un peu étourdie, j’ai appelé Éric, mon fidèle ami cuisinier, qui m’a conseillé un soupçon de fécule de patate pour épaissir le tout. Finalement, peut-être que le caramel, c’est comme le pâté chinois, la tourtière de Noël ou la soupe aux légumes : chaque personne s’est forgé sa propre recette et c’est la meilleure au monde!
Le caramel, cette douceur plutôt addictive, nous attire et nous réconforte. Ce n’est qu’en chauffant le sucre et à l’instant où il commence à brûler que la couleur, la texture et la saveur deviennent extraordinaires. C’est fou comme ce caramel s’est avéré significatif pour moi. Peut-être est-ce le fait d’avoir osé, d’avoir cru en ma capacité de le réussir. Je crois qu’il s’agit de l’ingrédient magique dans toute création : avoir l’assurance que nous sommes capables de créer notre propre vie, chacun, chacune à notre façon, avec nos ingrédients personnels. J’en conclus que le caramel est sans doute comme la vie : une aventure dangereuse, addictive et pourtant tellement attirante. Comme la vie elle-même, le meilleur caramel serait donc celui pour lequel chaque individu choisit les ingrédients et entretient la chaleur avec amour pour ensuite le savourer affectueusement à la maison.
Moi qui adore le caramel depuis que j’y ai goûté, tard dans mon enfance, en croquant dans une pomme trempée dans le caramel, je n’avais jamais tenté d’en cuisiner. Il n’y a encore que mon enthousiasme personnel pour vanter un délicieux caramel! J’étais fière d’avoir osé m’attaquer à un intouchable, d’avoir dépassé ma peur de ne pas le réussir.
Il s’agit du meilleur caramel selon mes papilles, à cause de ce qu’il signifie dans ma propre casserole. Je vous lègue donc ma version du meilleur caramel au monde!
Verser environ 2 tasses de sucre blanc dans une casserole moyenne. À feu doux, brasser doucement avec un fouet jusqu’à ce que le sucre devienne liquide et bouillant et qu’il commence tranquillement à brunir. Lorsque la couleur vous convient, ajouter une tasse de crème 35 %, que vous aurez légèrement chauffée préalablement, et une cuillère à thé comble de fécule de maïs mélangée à un peu de crème 35 %. Brasser jusqu’à épaississement moyen, puis retirer du feu. Laissez refroidir (peut-être en déposant votre casserole dans un banc de neige bien frais ou, au pire, au réfrigérateur) puis félicitez-vous d’avoir osé avant de le savourer!
Cora
❤️
Comme vous le savez déjà, nous avons ouvert notre premier restaurant Cora en mai 1987 et ce fut un succès immédiat. Je me souviens particulièrement des week-ends, de la congestion infernale des automobiles essayant de se trouver une place dans le trop petit stationnement d’alors. Époustouflées par ce qu’elles avaient entendu dire ou hypnotisées par certaines descriptions de plats, les familles aussitôt sorties de l’auto couraient se faufiler dans le cordon de clients encerclant le vieil édifice où nous occupions le rez-de-chaussée. Du fond de ma cuisine, mes yeux devaient traverser le charivari des 29 places assises pour atteindre la fenêtre en baie du devant d’où me venait la clameur d’une foule avide d’entrer.
Pour rire, quelques fois, je chuchotais aux enfants que nous étions peut-être comme des attractions de fête foraine dont on exhibait les quatre bras, les six doigts par main ou la chevelure jusqu’aux pieds. Le plus jeune se fâchait chaque fois contre ma stupide imagination et, bien entendu, contre le fait qu’ils étaient les seuls ados obligés par leur mère de travailler toutes les fins de semaine de leur vie. Bien sûr, la foule ne se déplaçait pas pour nous, mais bien pour ce que nous mettions dans nos assiettes. Ils voulaient tous vérifier si ce qu’on leur avait raconté s'avérait vraiment aussi extraordinaire que cela.
Avec le temps, et toujours confrontés à l’incessant besoin de nouveauté pour éblouir notre clientèle, nous avons formé un petit groupe de « fous de la bouffe » qui se réunissait ponctuellement pour brasser des idées, proposer n’importe quoi sans aucune gêne, et aussi, ce que j’aimais le plus, raviver des souvenirs d’enfance qui, malgré le temps, titillaient encore et toujours la langue. C’est ainsi qu’un matin, la belle grande Annie, athlétique et vigoureuse, déterra pour nous l’histoire du fameux « grilled-cheese » que sa mère lui servait, toute petite, avec un bol de crème aux tomates Campbell. Il s'agissait de son repas préféré, nous avoua-t-elle, avec un trémolo dans la voix.
J’ai voulu en savoir plus, mais Annie s’était refermée. On s’est donc concentré sur la possibilité d’un « grilled-cheese » capable d’arrêter la pluie de tomber. Pendant quelques semaines, nous avons testé mille et une façons d’anoblir le sandwich grillé pour le transformer en un délicieux repas rempli de bonnes choses. Un plat à déguster en toute simplicité, accompagné de fruits frais joliment coupés ou de pommes de terre rôties sur la plaque. Un plat qui, reproduit à la maison, pourrait quadrupler l’émerveillement des vôtres autour de la table. Pour moi, fillette nourrie cinq jours sur sept de morue bouillie, grillée dans la poêle, en croquettes, salée ou nappée de sauce blanche, le « grilled-cheese » d’Annie m’avait tiré les larmes du cœur. Lorsque l’équipe me présenta leurs meilleurs essais, ma préférence s’est légèrement tournée vers celui qu’on nommerait le « CROQUE-THON ».
Imaginez un sandwich, grésillant gaiement sur une plaque chauffante ou dans une poêle. Voyez son ventre tout bien rempli d’une généreuse portion de thon en conserve habilement mélangé avec des échalotes émincées et juste un peu de mayonnaise. Ajoutez-y deux belles tranches de fromage jaune, chacune collée au pain et empêchant le poisson de glisser hors de sa cachette. Imaginez la première bouchée libérant une explosion de saveurs et la chair de thon entremêlée de fromage chaud et goûteux dégoulinant sur vos doigts. Ressentez l’excitation de vos papilles, le bruissement de votre mémoire se rappelant l’irrésistible attrait du fruit défendu.
Bien sûr, à la maison, vous pouvez choisir le pain de votre choix et l’ADN de votre fromage. Vos marmots raffoleront du simple sandwich au fromage grillé, surtout avec une bonne crème de légumes ou même une soupe poulet et riz du marché. Mais, assurément, avec un brin de créativité, une source de chaleur et quelques pincées d’amour, vous arriverez à transformer ces deux aliments de base que sont le pain et le fromage en un véritable chef-d’œuvre culinaire.
Vous aussi, vous pouvez métamorphoser l’ordinaire « grilled-cheese » en un repas éblouissant pour vos proches. En plus, le potentiel de garnitures est infini! « Tantôt familier et réconfortant, tantôt délicat et raffiné, le “grilled-cheese” est un sandwich aux multiples facettes qui se révèle toujours irrésistible, quelle que soit son incarnation. »
Cora
❤️
Psst : Moi, j’ajoute un peu de céleri finement haché à la garniture parce que ça donne du « crunch crunch » à la texture et aussi parce que je raffole du céleri. J’en mets partout!
Trente-sept années déjà et, pourtant, je me souviens comme si c’était hier de l’effervescence que suscita ma promesse déraisonnable d’installer pour Noël quatre grands sapins verts de six pieds chacun dans notre premier tout petit resto, afin de l’endimancher pour l’occasion.
J’en avais eu l’idée en découpant la pâte brune des petits sapins à la mélasse que j’allais servir comme dessert en décembre 1987. Ça faisait déjà plus de six mois que le resto était ouvert et à mesure que la clientèle affluait, notre audace grossissait.
— « Boss, t’es encore tombée sur la tête en clouant tes pancartes? s’exclama Platon, notre nouveau plongeur antillais. Fais-nous plutôt une bûche en gâteau comme on en voit partout dans les vitrines des magasins! »
Je lui promis un gâteau aux carottes juste pour lui, à emporter à la maison à la condition qu’il m’aide à installer ma gigantesque surprise un après-midi après la fermeture.
— « Marché conclu, madame Boss! »
Un soir, à quatre pattes sur le plancher du salon de la maison, j’ai étendu quatre verges de tissu matelassé vert flamboyant dans lequel j’ai découpé quatre immenses sapins que nous allions installer, le moment venu, dans les fenêtres latérales du petit resto. Sur les grands sapins, chaque soir de la semaine, j’ai cousu à la main des cercles de feutre multicolores, des guirlandes de rubans disparates, des flocons de ouate blanche, des petites étoiles façonnées dans du satin bleu, de gros boutons argentés, de véritables petites cannes en bonbon et les huit petits oiseaux de coton à plumes roses qu’une vieille cliente m’avait apportés un jour, « au cas où ça pourrait servir ».
Les sapins ont été « plantés » et installés quelques jours avant Noël, à la hauteur du cadre de chaque fenêtre, juste à la portée des petites mains d’enfants ébahis qui auraient le droit d’y toucher le lendemain de Noël pour détacher les petites cannes bariolées de rouge et de blanc. Sur le faîte de chaque arbre, une grosse étoile en brocart jaune était confortablement assise, comme si elle se reposait après y avoir elle-même grimpé. C’est notre brave Platon qui était monté sur une chaise, elle-même posée sur une table, pour s’assurer de bien accrocher une étoile au sommet de chaque sapin.
— « Platon, s’il te plaît, aide-moi. Je voudrais aussi préparer un repas de Noël gratuit pour nos clients les plus fidèles. Pour Mirella, Jean-Claude, Carole, Marcel, pour nos amis les chauffeurs de taxi, pour nos vaillants pompiers et pour tous ceux qui n’ont peut-être pas de famille. Qu’en penses-tu? »
— « T’es certaine, madame Boss? Ça va te coûter les yeux de la tête pour nourrir tous ces affamés qui vont en profiter pour se bourrer la fraise.
— « Platon! Je voudrais leur concocter un vrai bon souper, comme un réveillon de Noël avec une dinde et des tourtières, et peut-être quelques spécialités grecques que je réussis assez bien. »
— « Boss, qui vous a appris la cuisine grecque? »
— « Nous en parlerons plus tard, Platon. Prends une feuille et écris… »
— « Madame Boss! T’as jamais pris une journée de congé depuis que le restaurant est ouvert et maintenant tu te lances dans les soupers? »
— « Platon! Arrête de parler et écoute-moi. Je veux les inviter pour un gros souper le dimanche 27 décembre. »
— « Ok, Boss. Si t’insistes. Nous avons 12 jours pour tout préparer. »
— « Platon, laisse-moi vérifier la liste d’épicerie. Ajoute du porc et du veau haché pour faire cinq ou six grosses tourtières et un bon ragoût de boulettes. »
Et patati et patata, mes jeunes ados, mon fidèle Platon et moi avons travaillé avec amour pour surprendre et réjouir 28 personnes invitées à la dernière minute à un véritable festin de Noël. Oui, oui! Toute la nourriture de circonstance fut étalée sur deux belles nappes rouges recouvrant le long comptoir. Un vrai festin très chaud, odorant et appétissant! Cinq grosses tourtières coupées en morceaux, une casserole brûlante de ragoût de boulettes, une dinde sortant du four que Platon s’empressa de dépecer, nos délicieuses fèves au lard truffées de petits carrés de jambon, une platée de ma recette secrète de cretons, des pattes de cochon à manger avec ses doigts, un immense bol de purée de carottes-navets, mon sublime gratin de patates douces et tout l’assortiment de condiments du temps des Fêtes. Pour chacun, Caroline, la serveuse du matin, avait emballé avec du papier ciré quatre gros morceaux de sucre à la crème pour le lendemain.
Marcel avait allumé la radio. Mirella et Jean-Claude ont osé quelques pas de danse sur la musique de Noël. Mon plus vieux s’était empressé de tasser les tables vers les sapins décorés pour improviser une piste de danse. Tout le monde bougeait, chantait, tournaillait, virevoltait comme de réels ados en vacances avec leurs bedons bien remplis et leurs petits cœurs assouvis. J’étais soudainement la plus heureuse des femmes.
C’est ainsi que le lendemain, au poste dans ma petite cuisine, j’ai décidé qu’on offrirait gratuitement un morceau de sucre à la crème à chaque client qui viendrait déjeuner. Oui, oui! Encore aujourd’hui, dans la plupart de nos restos, une assiette de sucre à la crème est placée près de la caisse. N’hésitez pas à en prendre un morceau!
La morale de cette histoire véridique, c’est certainement QU’IL FAUT D’ABORD DONNER AVANT DE RECEVOIR.
Joyeuses Fêtes à vous tous, chers lecteurs. Comme cadeau, je vous offre ci-dessous la recette de mon fameux sucre à la crème!
Cora
❤️
Sucre à la crème
Ingrédients
3 tasses (750 ml) de cassonade pâle
2/3 tasse (150 ml) de beurre fondu
2/3 tasse (150 ml) de crème 15 % ou 35 %
2 tasses (500 ml) de sucre à glacer
Une pincée d’amour
Préparation
Beurrer un plat de 6 pouces x 10 pouces.
Dans une casserole, mélanger la cassonade, la crème et le beurre. Porter à ébullition.
À partir du premier signe d’ébullition, poursuivre la cuisson encore 5 minutes.
Retirer du feu. Ajouter le sucre à glacer en fouettant énergiquement à l’aide d’un fouet ou d’un batteur électrique.
Lorsque le mélange est onctueux, étendre dans le plat.
Laisser refroidir et couper en carrés.
Déguster avec un bon verre de lait froid!